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Contre le ressentiment

  • Photo du rédacteur: Louis Furiet
    Louis Furiet
  • 1 févr.
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 heures



Le ressentiment est, sans doute, la passion politique la plus répandue de notre Modernité tardive. Il irrigue, de manière souterraine mais constante, les idéologies égalitaristes ou progressistes qui caractérisent la gauche depuis plus d’un siècle. Du communisme historique – dont l’expérience réelle a laissé derrière elle un cortège d’horreurs et cent millions de morts – jusqu’aux formes contemporaines du militantisme « intersectionnel » (néo-féminisme, antiracisme, décolonialisme, etc.), une même logique se déploie : celle d’une volonté de niveler, de corriger le réel au nom d’un sentiment d’injustice jamais apaisé, et d’éliminer physiquement ou symboliquement celui qui rappelle ce même réel par ses paroles ou par sa seule présence. Le ressentiment devient substitut de vertu, justification morale d’un projet politique qui se nourrit d’une haine envers tout ce qui dépasse, tout ce qui excelle, tout ce qui persiste.

Mais, il faut le dire, ce ressentiment n’est pas l’apanage exclusif de la gauche. Aujourd’hui, en France, un ressentiment analogue peut s’installer dans certains segments de la population : celui de citoyens qui se voient délaissés par un État plus prompt à soutenir les nouveaux venus qu’à protéger les siens. Un tel sentiment, certes légitime en un sens – car correspondant bien à une réalité –, engendre divers effets négatifs : amertume, aigreur, incapacité à envisager autre chose qu’un retour à un passé à jamais révolu.

Le ressentiment n’est jamais une politique. Il est par essence passif : il rumine, accuse, attend sans combattre. Il empêche l’action en la réduisant à une réaction. De plus, il empêche d’aimer. C’est précisément ce qu’Albert Camus, dans sa méditation sur la révolte, n’a cessé de dénoncer. La révolte camusienne n’est pas la vengeance des humiliés : elle est un sursaut, une fidélité à un idéal intérieur qui refuse l’injustice sans se laisser dévorer par lui, car jamais le monde ne sera parfait. Camus savait que la justice ne naît pas de la haine, mais d’une tension entre le réel et l’idéal, entre la limite et le désir de dépassement.

Cette tension, il la résolvait dans l’amour : amour de la vie, du présent, de la lumière offerte par le soleil et l’amitié malgré les contradictions du monde. Cet amour n’est pas naïveté, mais résistance : il rend possible un espace où l’homme peut encore consentir à ce qui est, sans renoncer à ce qui doit être.

Le christianisme porte cette exigence à son sommet. Contrairement à ce que Nietzsche pensait, il ne procède pas d’un désir de revanche des faibles contre les forts. Il naît de l’amour : celui du Christ, qui ne méprise ni la force, ni la fragilité, mais les transfigure en appel à la charité. Aimer les hommes malgré leur faiblesse – et non la faiblesse elle-même – voilà ce qui distingue radicalement la foi du ressentiment. Dans un monde saturé de griefs, cette voie demeure sans doute la seule authentique promesse de liberté.


 
 
 

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