Patriotisme et défense de notre civilisation
- Louis Furiet
- 1 juin
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Dernière mise à jour : il y a 23 minutes

L’esprit de droite dont nous nous réclamons est réaliste, et par-là naturellement patriote : car il sait que l’homme, animal politique (Aristote), ne serait rien sans la cité ou patrie qui est la sienne.
Mais, pour la même raison, en Europe, un tel esprit sera logiquement soucieux du destin de l’Europe : car il sait que des patries appartenant à une même aire civilisationnelle partagent un patrimoine commun. La France fait partie de l’Europe, et, à ce titre, ne peut faire comme si cette dernière n’existait pas ou comme si son destin n’était pas lié au sien. Ce n’est pas parce que l’Union européenne d’aujourd’hui est corrompue qu’il faudrait, pour autant, rejeter l’idée même d’une Europe des patries véritablement unie. L’Union européenne n’est pas l’Europe. Elle est même à maints égards, par son universalisme désincarné, le contraire de la civilisation européenne.
L’homme de droite européen défend la civilisation européenne, parce qu’il sait qu’il n’est homme que comme Européen – de même que le Chinois n’est homme que comme Chinois. Le Français, l’Italien, l’Allemand sont différents, mais ils sont tous des Européens. Ce qui les réunit est, en un sens, plus fort que ce qui les différencie.
Qu’est-ce que la civilisation européenne, nous demandera-t-on ? Comme a pu le montrer Stefan Zweig, elle est une tension permanente vers l’Universel, héritée à la fois de la philosophie des Grecs, de la volonté impériale de Rome, de la Chrétienté médiévale et de l’humanisme renaissant ; une tension commune à tous les peuples du Vieux Continent.
Mais il faut ajouter qu’une telle tension ne peut que prendre racine dans le particulier. L’Universel sans le particulier est une pure abstraction : car il n’a d’existence qu’à travers ce dernier – comme l’humanité n’a d’existence qu’à travers l’homme. Voilà ce qu’est l’âme européenne : une aspiration à l’Universel enracinée dans le particulier.
L’homme de droite européen défend donc sa propre patrie, parce qu’il n’est européen que dans la mesure où il est de telle patrie – de France, d’Allemagne ou d’Italie. L’on peut même affirmer que la civilisation européenne est, historiquement, cette civilisation unique qui s’est forgée par l’émulation entre ses différentes composantes nationales.
Ainsi, l’on peut dire que c’est la France qui a le plus hérité de l’ambition intellectuelle des Grecs ; que c’est en Allemagne qu’on retrouve avec le plus d’évidence la volonté impériale de Rome ; que c’est à l’Italie que revient le privilège d’être, aujourd’hui encore, le centre de la Chrétienté, dans la mesure où sa capitale est aussi celle de l’Église. Aussi la France, l’Allemagne ou l’Italie ne signifient-elles rien sans l’Europe ; mais l’Europe ne signifie elle-même rien sans la France, l’Allemagne, l’Italie et les autres nations européennes.
Le patriotisme et la défense de notre civilisation, loin d’être contradictoires, sont donc les deux aspects de la défense de notre identité, c’est-à -dire de ce que nous sommes, de ce qui nous constitue comme hommes.
