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Idéal de grandeur et humilité chrétienne

  • Photo du rédacteur: Louis Furiet
    Louis Furiet
  • 2 avr.
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Henri de La Rochejaquelein
Henri de La Rochejaquelein

L’idéal de grandeur ne fut pas seulement partagé par les philosophes païens. Il le fut aussi par un grand nombre de penseurs chrétiens – surtout au Moyen Âge. Et ce, malgré l’apparente contradiction entre l’aspiration à la grandeur et l’humilité chrétienne. L’Évangile ne demande-t-il pas explicitement de fuir les honneurs, de ne pas chercher la reconnaissance des autres hommes ? Par exemple, en Mat. 6, 2 : « Lors donc que tu fais l'aumône, ne sonne pas de la trompette devant toi, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues, afin d'être glorifiés par les hommes. Je vous le dis en vérité, ils reçoivent leur récompense ».

Cependant, nous dirons avec le P. René-Antoine Gauthier, auteur d’un ouvrage sur l’idéal de grandeur dans la philosophie païenne et la théologie chrétienne, que le Moyen Âge était, dans les faits, bien plus « humaniste », c’est-à-dire attaché à la grandeur de la nature humaine, qu’on ne l’imagine souvent.

Saint Thomas d’Aquin, l’un des plus grands théologiens médiévaux, reprend ainsi la conception aristotélicienne de la magnanimité (ou grandeur d’âme), tout en la conciliant avec le donné révélé chrétien. À ceux qui affirment que la magnanimité s’oppose au primat de l’humilité, voici ce que répond le théologien : « On trouve en l’homme de la grandeur, qui est un don de Dieu, et une insuffisance, qui lui vient de la faiblesse de sa nature. Donc la magnanimité permet à l’homme de voir sa dignité en considérant les dons qu’il tient de Dieu. (…) Mais l’humilité invite l’homme à se juger peu de choses en considérant son insuffisance propre » (Somme théologique, II-II, 129, 3). Magnanimité et humilité se situent donc sur deux plans différents. Ce qui conduit saint Thomas à en conclure plus loin : « Aussi est-il clair que la magnanimité et l’humilité ne se contredisent pas, mais elles paraissent agir dans un sens contraire, parce qu’elles appartiennent en elles-mêmes à des ordres différents ».

L’ordre de la magnanimité est celui du rapport à soi comme individu doté, par l’Auteur de la nature, d’une certaine « grandeur » ; l’ordre de l’humilité, celui du rapport à soi comme être doté d’une nature humaine indigente au regard de la grandeur de Dieu et blessée par le péché originel. D’un côté, l’ordre naturel ; de l’autre, l’ordre surnaturel. Magnanimité et humilité se situent sur des plans différents.

Sur ce sujet, comme sur tant d’autres, nous voyons donc qu’il n’y a pas de contradiction entre le meilleur de l’éthique « païenne », antique, et le message évangélique. Gratia non tollit naturam sed perficit disait saint Thomas : la grâce ne supprime par la nature mais la perfectionne. À ceux qui, parmi les chrétiens, rejettent l’idéal héroïque venu des païens au nom d’une interprétation faussée du message évangélique, comme à ceux qui, souvent influencés par Nietzsche, refusent le christianisme au nom d’une compréhension erronée de l’idéal de grandeur, opposons la synthèse thomasienne de la nature et de la grâce.

Efforçons-nous d’unir en nous la magnanimité humaine et l’humilité chrétienne : nous trouverons là notre véritable grandeur.

 
 
 

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