La loi naturelle, notion actuelle

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Comme le relève Pierre Manent dans son essai Pourquoi la loi naturelle ?, les hommes en général et les philosophes en particulier ont presque toujours admis l’existence d’une loi naturelle, ou d’un ordre naturel, c’est-à-dire d’un ensemble de normes découlant de notre humaine nature.
Ce n’est qu’à une époque relativement récente que celles-ci ont été remises en question, pour de multiples raisons sur lesquelles il serait ici trop long de s’attarder, mais dont on peut dire que la plus importante sur le plan intellectuel est sans doute le scepticisme (c’est-à-dire la croyance – car il s’agit bien d’une forme de croyance – en l’incapacité de l’intelligence à connaître le réel), et la plus importante sur le plan moral, le désir d’émancipation de l’individu.
La simple observation des hommes nous montre pourtant qu’il existe des tendances générales, lesquelles nous renvoient à des finalités inscrites dans notre nature. L’on observe d’abord que l’homme a tendance à se conserver dans son être, tendance qui lui est commune avec l’ensemble des êtres vivants et qui est sans doute la plus fondamentale ; de là, l’on peut conclure qu’il est bon que l’homme se maintienne en vie autant que faire se peut, et mauvais qu’il mette fin à sa vie ou à celle des autres. L’on constate ensuite qu’il a tendance à s’unir à l’autre sexe pour procréer, tendance qui provient de son animalité bien qu’elle revête chez lui des formes particulières ; l’on peut en induire qu’il est bon que l’homme et la femme s’unissent, et qu’ils s’unissent de manière stable de telle sorte que les enfants qui sont le fruit de leur union puissent être éduqués dans la stabilité et la paix : c’est l’institution universelle du mariage, au fondement de la cellule familiale. L’on observe encore que les hommes tendent naturellement à se regrouper avec d’autres hommes pour former des communautés politiques ; de là, l’on peut conclure que la communauté politique est un fait de nature, et que tout ce qui est nécessaire pour son existence et sa conservation est naturel et bon, par exemple l’autorité, certains disposant de qualités naturelles pour gouverner dont d’autres ne disposent pas.
Certes, il existera toujours des personnes n’aimant pas la vie, ou n’ayant aucun désir de la transmettre, ou n’aimant pas vivre avec leurs semblables ; et il se peut même que, dans une société malade, ces personnes soient nombreuses. Mais précisément, il faut dire que de telles tendances ne sont pas naturelles, qu’elles sont plutôt des anomalies – au sens philosophique du terme. Et cela n’enlève rien au fait qu’il existe des tendances générales observables, révélatrices d’une loi inscrite au plus profond de notre nature.
Cette loi naturelle, cette « boussole » qui est la clef du bonheur individuel et collectif, les Grecs l’ont découverte par la philosophie, et les Romains en ont fait le fondement du droit. Elle n’est pas une question de foi : la raison suffit pour y accéder. C’est elle qu’il nous appartient aujourd’hui de faire redécouvrir à nos contemporains en quête de repères.



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